Le premier colloque OVNI à l'Assemblée nationale : un rendez-vous historique... ou le triomphe de la confusion ?
- Olivier de Sedona
- 2 juil.
- 8 min de lecture

Le lundi 29 juin 2026 restera sans doute une date symbolique pour les passionnés d'ovnis. Pour la première fois, un colloque consacré aux phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN/UAP) s'est tenu dans le cadre de l'Assemblée nationale, à l'initiative de deux députés issus de sensibilités politiques opposées : Pierre Henriet du groupe Horizons (Édouard Philippe ex premier ministre de Macron) et Arnaud Saint‑Martin du parti de la France insoumise.
Présenté comme une avancée majeure, l'événement avait pour ambition d'ouvrir un dialogue entre responsables politiques, chercheurs, scientifiques, militaires et spécialistes du sujet. Sur le papier, l'initiative pouvait sembler salutaire. Depuis près de soixante-dix ans, la question des OVNI souffre autant de l'excès de scepticisme que de l'excès de crédulité. Organiser un débat dans un cadre institutionnel pouvait donc laisser espérer une élévation du niveau de discussion.
L'intention est respectable.
Après tout, la France dispose du GEIPAN depuis près d'un demi-siècle. Les phénomènes aérospatiaux non identifiés existent en tant qu'objets d'étude. Des pilotes observent parfois des phénomènes qu'ils ne savent pas expliquer. Des militaires rédigent des rapports. Des astronomes, des physiciens et des sociologues travaillent sur ces questions. Il n'y a donc rien de scandaleux à organiser une journée de réflexion.
Ce qui interroge, en revanche, c'est l'écart entre la promesse et le résultat.
À entendre certains relais sur les réseaux sociaux, la République française était sur le point d'ouvrir officiellement le dossier extraterrestre.
Pourtant, à mesure que les heures passaient, une autre impression s'est imposée : celle d'une occasion manquée.
Car il convient d'abord de rappeler un fait essentiel. Le colloque ne s'est pas déroulé dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale mais dans une salle de conférences du complexe parlementaire, dans la salle Victor-Hugo. Ce détail n'en est pas un. Les images diffusées tout au long de la journée donnent surtout à voir un auditoire composé de passionnés, d'associations (MUFON France, Repas Ufologique...), de quelques chercheurs, de youtubers spécialisés et d'intervenants"ufologues"qui ont surtout été séléctionné pour leur croyance à l'exception de quelques sceptiques. La représentation politique semblait, elle, particulièrement discrète. C'était pourtant le but que de marquer des points chez nos politiques qui représentent le peuple.
Cette nuance est importante. Dire que "les OVNI entrent à l'Assemblée nationale" constitue un excellent titre. Dire que le Parlement français s'est véritablement saisi du sujet serait, en revanche, aller beaucoup trop vite en besogne.
Le contraste est frappant avec la communication entourant l'événement. Depuis plusieurs mois, une partie de la communauté UAP française présente chaque avancée institutionnelle comme le prélude d'une reconnaissance officielle de l'hypothèse extraterrestre. Or, ce colloque n'avait précisément pas pour objet de conclure à une origine non humaine des phénomènes observés. Il devait être un lieu de réflexion sur la recherche, ses méthodes et ses limites.
C'est là que le bât blesse.
En observant la composition du plateau, un mélange étonnant apparaît. D'un côté figuraient des intervenants reconnus pour leur prudence méthodologique, parmi lesquels Pierre Lagrange, sociologue des sciences, dont les travaux rappellent depuis des décennies combien les croyances, les représentations culturelles et les mécanismes sociaux jouent un rôle essentiel dans la construction du phénomène OVNI. D'autres intervenants issus du monde institutionnel ou académique adoptaient également une posture mesurée, insistant sur la nécessité d'accumuler des données fiables avant toute conclusion. Et dans tout ce fatras, un enseignant d'arts plastiques et porte parole des lanceurs d'alerte américains en France, est régulièrement mis en avant avec l'étiquette de spécialiste de la question OVNI. Si le fait de relayer la désinformation d'Elizondo et autres agents des renseignements US fait de nous un spécialiste, alors c'est que l'ufologie française à du souci à se faire. Car il est indispensable que la recherche dans notre pays ne soit pas calquer sur le spectacle américain où les déclarations les plus loufoques (corps extraterrestres, récupérations d'engins aliens etc...) sont devenues la norme au pays de l'oncle Sam...
Mais cette volonté de rigueur coexistait avec un environnement intellectuel beaucoup plus problématique.

L'une des images les plus commentées de la journée montre Jacques Vallée aux côtés d'Isaure, tenant l'ouvrage Trinity. En effet, il est bon de rappeler que cette dame (organisatrice de conférences OVNI) croit dure comme fer aux momies de Nazca comme étant des extraterrestres alors que ces dernières sont en réalité composées d'os d'origine humaine et animale... Il serait également très intéressant de savoir ce que Jacques Vallée pense de cette affaire de Nazca, lui qui par ailleurs avait été pris en photo aux USA avec Jaime Maussan, le principale promoteur de ce qui serait pour certains : une escroquerie en bande organisée. Alors voir Isaure et Vallée ensemble peut vraiment poser question quant aux intentions pour faire avancer la recherche OVNI. À elle seule, cette photographie résume une ambiguïté persistante de l'ufologie contemporaine : celle qui consiste à placer sur un même plan des travaux prudents, des hypothèses spéculatives et des récits dont la crédibilité est fortement contestée. Inutile de rappeler ici que le cas de Trinity a totalement été démystifié par de nombreux chercheurs aux USA dont le plus célèbre a été Douglas Dean Johnson (le lien de l'émission sur le canular de Trinity en fin d'article).

Le livre Trinity, coécrit par Jacques Vallée et Paola Harris, raconte un supposé crash d'un engin non identifié au Nouveau-Mexique en 1945. Depuis sa publication, plusieurs enquêteurs indépendants ont mis en évidence de nombreuses incohérences chronologiques, documentaires et testimoniales, cette controverse aurait mérité d'être explicitement abordée plutôt que laissée dans l'ombre. Mais qui aurait osé aborder ce sujet sensible quand on sait que par pure démagogie, le milieu ufologique ne souhaite pas remettre en question les recherches de Jacques Vallée, y compris chez les sceptiques qui ne veulent tout simplement pas aborder le sujet afin de préserver de bonnes relations de travail avec notre Pape de l'ufologie !
Plus largement, cette scène interroge sur les critères de sélection des références mobilisées lors d'un événement présenté comme scientifique. Car où est le preuve scientifique dans l'affaire de Trinity...?
Depuis les auditions organisées au Congrès américain autour des UAP, une partie importante de l'actualité ufologique mondiale gravite autour de personnalités comme David Grusch, Luis Elizondo ou Jeremy Corbell. Tous ont largement contribué à replacer le sujet au cœur du débat public. Mais leurs déclarations, souvent spectaculaires, reposent fréquemment sur des témoignages indirects, des informations classifiées non accessibles au public ou des affirmations qui demeurent, à ce jour, impossibles à vérifier de manière indépendante.
Le risque est alors évident : transformer une démarche d'enquête en récit d'autorité.
La France n'échappe pas à cette dynamique. Une partie de la communauté UAP reprend les narratifs américains avec très peu de distance critique. Chaque audition parlementaire outre-Atlantique, chaque fuite médiatique, chaque nouvelle déclaration devient immédiatement un argument d'autorité. Pourtant, le travail journalistique consiste précisément à distinguer ce qui est démontré de ce qui reste allégué.
C'est peut-être là que réside la principale faiblesse de ce colloque.
À vouloir rassembler tous les courants sous une même bannière, les organisateurs ont parfois donné l'impression que toutes les hypothèses se valaient. Or, elles ne se valent pas. Une enquête documentée, une observation instrumentée, un témoignage de seconde main, une croyance personnelle ou une rumeur virale ne possèdent pas le même poids probatoire.
L'histoire de l'ufologie regorge d'affaires devenues emblématiques avant d'être sérieusement remises en cause. C'est précisément pour éviter de reproduire ces erreurs que la méthode scientifique impose le doute, la contradiction et la vérification permanente. Comment des personnes rigoureuses vont-elles pouvoir s'entendre avec des individus qui sont convaincu d'avoir assisté à une véritable divulgation extraterrestre grâce à une déclassification de Trump, qui montre en réalité des ballons d'enfants, des fusées éclairantes et autres dirigeables...?
Ce premier colloque aura sans doute un mérite : celui d'avoir montré que le sujet peut être abordé dans un cadre institutionnel sans susciter immédiatement le ridicule. Bien que sur les réseaux et dans les commentaires des médias, le peuple se moque encore du sujet avec quelques passionnés qui essaient de débattre tant bien que mal.
La véritable question n'est donc pas de savoir si les OVNI méritent un débat parlementaire. Ils le méritent probablement, notamment sous l'angle de la sécurité aérienne, des phénomènes atmosphériques rares ou des capacités de détection.
La vraie question est une autre.
La France souhaite-t-elle construire une recherche indépendante, exigeante et fondée sur des preuves, ou importer sans recul les récits, les codes narratifs et les controverses qui agitent aujourd'hui l'écosystème UAP américain ?
Si ce premier colloque permet d'engager une réflexion méthodologique sérieuse, il constituera une étape utile.
S'il devient au contraire une caisse de résonance où les récits les plus extraordinaires acquièrent une légitimité institutionnelle sans examen critique suffisant, alors cette journée restera moins comme un tournant scientifique que comme une occasion manquée.
L'avenir dira quelle voie sera choisie. Mais une chose est certaine : dans un domaine où les certitudes sont rares, l'esprit critique demeure le meilleur instrument d'enquête.
Pour conclure, nous devrions faire les vœux suivants :
Si cette journée doit marquer le début d'une véritable démarche scientifique, alors il faudra rapidement changer de cap.
Car l'ufologie française semble souffrir d'un curieux complexe d'infériorité. Elle passe son temps à regarder vers Washington, le Pentagone, les auditions du Congrès ou les dernières déclarations de tel ou tel ancien membre du renseignement américain. Comme si l'avenir de la recherche française dépendait désormais des révélations promises outre-Atlantique.
Pendant ce temps, les observations réalisées sur notre propre territoire passent souvent au second plan. Les enquêtes de terrain deviennent plus rares. Les nouveaux dossiers sont éclipsés par des affaires vieilles de cinquante, soixante ou parfois quatre-vingts ans, dont une grande partie des éléments matériels ont disparu à jamais. On continue de parler de cas comme Valensole, Roswell, la vague OVNI de 54 alors que l'expertise scientifique de ces affaires atteint désormais ses limites. Les témoins disparaissent, les traces s'effacent et les certitudes, elles, continuent paradoxalement de prospérer.
À force de commenter les archives, l'ufologie finit parfois par oublier d'observer le ciel.
Or, une discipline qui prétend rechercher la vérité ne peut durablement vivre tournée vers son propre musée. Les dossiers historiques ont évidemment leur intérêt. Ils appartiennent à la mémoire du phénomène. Mais ils ne remplaceront jamais les données contemporaines, recueillies avec les outils d'aujourd'hui : radars modernes, capteurs multispectraux, analyses numériques, protocoles de conservation des preuves, recoupements indépendants et expertise contradictoire.
C'est sur les cas de 2026, de 2027 ou de 2030 que se construira peut-être la connaissance de demain. Certainement pas en réinterprétant indéfiniment des récits dont il est désormais impossible de vérifier la plupart des éléments.
La question est finalement d'une simplicité désarmante : Où est la preuve française d'une visite extraterrestre ?
Pas une conviction. Pas une intuition. Pas une confidence rapportée par un intermédiaire. Pas un document présenté comme secret. Pas une photographie impossible à authentifier. Pas un récit qui se transmet de conférence en conférence depuis plusieurs décennies.
Une preuve. Une donnée robuste, reproductible, indépendante, capable de résister à l'examen critique de la communauté scientifique. Car c'est bien là que tout se joue.
Sans cette démonstration, les colloques, les tables rondes, les auditions parlementaires ou les conférences organisées sous le sceau de l'Assemblée nationale ne resteront, au mieux, que des espaces de réflexion. Au pire, ils risqueront de donner une caution institutionnelle à des hypothèses qui attendent toujours d'être démontrées.
La science ne progresse pas parce qu'un sujet entre dans une enceinte prestigieuse. Elle progresse lorsqu'une hypothèse survit à toutes les tentatives de la réfuter.
L'Assemblée nationale peut offrir une tribune. Elle ne délivre pas des certificats de vérité.
Et tant que cette confusion persistera, le risque sera toujours le même : prendre le prestige du lieu pour une validation des idées qui y sont exprimées.
Les OVNI méritent mieux que cela.
Ils méritent moins de croyances, moins d'effets d'annonce, moins de fascination pour les récits importés… et infiniment plus d'enquêtes, de méthode et de preuves.
C'est à cette seule condition que la question des phénomènes aérospatiaux non identifiés pourra, un jour peut-être, quitter définitivement le territoire des convictions pour entrer dans celui des connaissances.
LIENS :
L'interview de Douglass Dean Johnson à propos de Trinity (version longue) :
L'interview de Douglass Dean Johnson à propos de Trinity (version courte) :
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